Le RDV des Pros de la Location Saisonnière s'est tenu les 20 et 21 mai à Paris, au Paris Event Center de la Villette. Plusieurs centaines de professionnels (conciergeries, agences immobilières, propriétaires-investisseurs, éditeurs de logiciels) s'y sont retrouvés pour deux jours d'ateliers, de tables rondes et de networking. Une phrase de l'organisatrice de l'événement, Élise Ripoche, résume mieux que toute autre le climat des échanges : "Sommes-nous devenus schizophrènes avec les plateformes ?" Cet article décrypte ce que cette édition révèle sur l'état de maturité du secteur, et ce que les professionnels présents doivent en retenir pour la suite.

L'essentiel à retenir :

→ Une mutation de posture : les gestionnaires ne se définissent plus par leur dépendance aux plateformes, mais par leur capacité à comprendre et piloter leur distribution.

→ Une professionnalisation tangible : structuration syndicale (SPLM), mobilier d'exploitation durable, formations certifiantes, montée en gamme des outils PMS, autant de signaux d'un secteur qui sort de l'amateurisme.

→ Une vigilance réglementaire confirmée : carte G, code APE, loi Le Meur, la question du cadre juridique reste au centre des préoccupations des conciergeries, qu'elles soient ou non détentrices de la carte.

État des lieux : un secteur qui questionne sa propre dépendance aux plateformes

Le fil conducteur de l'édition 2026, porté par Élise Ripoche, fondatrice de l'agence de revenue management J'affiche Complet et créatrice de l'événement, c'est la tension non résolue entre critique des plateformes et dépendance économique à leur égard. Sa formule est sans détour :

"Nous critiquons les plateformes qui génèrent parfois 80 % de notre chiffre d'affaires." Elise Ripoche

Elle ajoute, dans la même veine :

"Il n'y a aucun mérite à faire 0 % ou 100 % de ses ventes via les plateformes."
Elise Ripoche lors du RDV des Pros de la location saisonnière 2026

Cette analyse n'est pas un simple constat, elle s'accompagne d'un déplacement du diagnostic. Pour Élise Ripoche, le problème n'est pas l'outil mais l'usage qui en est fait : "Le problème n'est pas les plateformes. C'est ce que nous avons cessé de construire autour d'elles." Et plus loin : "Beaucoup de loueurs confondent encore outil de distribution et modèle économique." Cette distinction entre outil et stratégie a structuré une grande partie des échanges du salon, des conférences sur le revenue management aux discussions de couloir sur la stratégie de croissance.

Le secteur sort en effet d'une période où la croissance organique masquait les fragilités structurelles. "Pendant des années, la croissance a masqué nos angles morts", rappelle Élise Ripoche, qui pointe aussi un changement de paradigme commercial : "Nous avons pris l'habitude de louer sans marque. Ce luxe touche à sa fin."

Impact opérationnel : la professionnalisation se joue sur le terrain, pas dans le discours

Au-delà du débat sur les plateformes, l'événement a confirmé une dynamique de fond observée par Welkomz depuis plusieurs mois : la professionnalisation du métier de conciergerie ne se mesure plus uniquement à l'usage d'un PMS, mais à la transformation des pratiques concrètes.

Sur le stand Optimob, Grégory Bertholon, fondateur de l'entreprise, a confirmé une attente forte des conciergeries et investisseurs présents : la fin progressive du mobilier "court terme" au profit d'un mobilier d'exploitation pensé pour la durabilité, l'entretien rapide et la résistance aux rotations fréquentes de voyageurs. Une bascule logique pour un secteur qui assume désormais sa logique d'entreprise d'hospitalité plutôt que de simple mise en location.

Côté technologie, les retours de stand convergent vers la même conclusion : l'outil ne fait pas le professionnel. Les éditeurs présents, qu'il s'agisse de Smoobu ou de Smartiz (lauréat du Grand Prix Jeune Pousse de cette édition), insistent sur l'expérience voyageur et la qualité de service plutôt que sur la seule fonctionnalité. C'est exactement ce que résume Élise Ripoche au sujet des PMS et autres logiciels métier : "Les outils ne remplacent pas l'expertise. Ils la révèlent." Et plus loin, à propos des solutions de pilotage : "Dans un marché professionnel, installer des outils ne suffit plus."

Une tendance plus inattendue a également émergé des échanges de stand : près de 80 % des visiteurs interrogés sur un stand dédié au tourisme solidaire ont manifesté un intérêt pour la valorisation des nuitées invendues en séjours solidaires, particulièrement en basse et moyenne saison à la montagne et en bord de mer. Un signal que la rentabilité et l'impact social ne sont plus systématiquement perçus comme contradictoires par les professionnels du secteur.

Qui gagne, qui perd ? L'angle de la structuration

Cette édition met en lumière une fracture nette entre deux catégories de gestionnaires. D'un côté, les structures qui ont engagé un travail de fond sur leur identité d'entreprise : marque propre, mobilier d'exploitation, formation des équipes, adhésion à des organismes de représentation comme le SPLM. De l'autre, les structures encore dans une logique d'exécution pure, qui louent "sans marque" pour reprendre les mots d'Élise Ripoche, et qui restent vulnérables à toute évolution des règles de distribution ou de réglementation.

Le SPLM, syndicat des professionnels de la location meublée présidé par Marie Pistinier, était présent aux côtés de ses adhérents pour porter cette voix de représentation. Sa présidente a profité de l'événement pour rappeler les sujets qui structurent désormais le secteur : saisonnalité, consolidation des acteurs, pression réglementaire, statut carte G ou non. Cette structuration syndicale profite directement aux gestionnaires qui s'y engagent : ils gagnent en représentation face aux pouvoirs publics et en accès à une communauté de pairs, là où les indépendants isolés restent seuls face aux évolutions de la loi Le Meur.

Sur la question spécifique de la distribution, Élise Ripoche est catégorique sur qui tire son épingle du jeu : "Les entreprises les plus solides ne sont pas celles qui dépendent le moins des plateformes. Ce sont celles qui comprennent le mieux leur distribution." Une affirmation qui invalide directement le narratif simpliste consistant à opposer "indépendance" et "dépendance" aux OTA. Elle conclut sur ce point : "La distribution directe n'est pas une alternative aux plateformes. C'est une compétence d'entrepreneur."

Comment passer à l'action maintenant ?

Pour les gestionnaires qui veulent traduire ces enseignements en pratique concrète :

  1. Cartographier sa dépendance réelle aux plateformes en calculant la part de chiffre d'affaires générée par chaque canal de distribution (20 minutes via l'export de son PMS).
  2. Auditer son parcours de recrutement et sa marque employeur, un levier de différenciation cité comme central par plusieurs intervenants de l'événement.
  3. Vérifier sa conformité réglementaire actuelle (carte G, code APE, obligations issues de la loi Le Meur) et documenter ses process pour anticiper d'éventuels contrôles.
  4. Évaluer son livret d'accueil et ses outils d'expérience voyageur, un sujet revenu plusieurs fois dans les retours des exposants comme facteur de différenciation.

Qu'est-ce que le RDV des Pros de la Location Saisonnière ?

C'est l'un des principaux événements professionnels du secteur de la location courte durée en France, organisé par Élise Ripoche, fondatrice de l'agence de revenue management J'affiche Complet. Il réunit l'ensemble des segments d'acteurs du secteur : conciergeries, agences immobilières, propriétaires-investisseurs et éditeurs de solutions logicielles, autour de conférences, ateliers et stands d'exposants.

Faut-il diversifier ses canaux de distribution en location courte durée ?

Selon les intervenants de l'événement, la diversification n'est pas une fin en soi : ce qui compte est la maîtrise de chaque canal, pas l'équilibre arithmétique entre eux. Une structure qui comprend parfaitement sa distribution sur les plateformes peut être tout aussi solide qu'une structure qui mise majoritairement sur la réservation directe, à condition d'en piloter activement les leviers.

Qu'est-ce que le SPLM dans le secteur de la location meublée ?

Le SPLM (Syndicat des Professionnels de la Location Meublée) est une organisation qui représente les professionnels de la location meublée touristique : agences immobilières, conciergeries, loueurs et sous-loueurs. Il accompagne la montée en compétence du secteur et porte la voix des professionnels auprès des pouvoirs publics sur des sujets comme la carte G ou la réglementation locale.

Lauréats des prix décernés par le jury de cette édition 2026

Ce que ça change pour votre activité

Cette édition du RDV des Pros confirme que la frontière entre amateurisme et professionnalisme ne se joue plus sur la présence ou l'absence d'un PMS, mais sur la capacité à construire une véritable entreprise d'hospitalité : marque, mobilier, équipe, conformité réglementaire et stratégie de distribution pensée plutôt que subie. Si vous gérez plus de 20 lots et que vous n'avez jamais formalisé votre stratégie de distribution multicanale, c'est probablement le chantier prioritaire de votre second semestre 2026. Pour aller plus loin sur la structuration technologique de votre activité, consultez notre guide sur les PMS et le channel manager.

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